Historique du 92e régiment d’infanterie de Brunwick concernant les combats du 23 et 24 août 1914 qui se déroulèrent à Devant-les-Bois, Biesme et Oret

Notes extraites de l'historique du 92e régiment d’infanterie de Brunwick concernant les combats du 23 et 24 août 1914 qui se déroulèrent à Devant-les-Bois, Biesme et Oret 

 

Ce témoignage extrait de l'historique du 92e régiment d'infanterie est intéressant pour plusieurs raisons: tout d'abord parce qu'il s'agit d'écrits de source allemande, donc rare. En effet, de nombreuses archives militaires allemandes furent incendiées lors des bombardements de la seconde guerre, ensuite les documents "rescapés" furent saisi par les solviétiques. La plupart des récits historiques sur les événements de cette époque ne se basant généralement que sur des sources militaires françaises, n'ont donc qu'une partie parfois biaisée*, de la vérité historique.Texte intéressant car il nous apprend que le 92e régiment participa peu aux combats du dimanche 23 août où les français s'étaient retranchés au nord d'Oret car l'efficacité de l'artillerie française empécha la 40e brigade d'infanterie allemande d'entrer sur le champ de bataille. Ce jours là, seule la 39e brigade allemande, soit les 164e et 79e régiments d'infanteries, attaquant à l'ouest, de la route d'Oret à Biesme, une zone moins découverte, réussirent à passer à l'attaque entre les ravins des Bruyères et la lisière du bois du Tournibus, ébranlant les tirailleurs algériens et les zouaves. Ce texte nous apprend aussi le role actif et de première ligne que la cavalerie française  jouera lors des combats du 23: action confirmée par le témoignage de Jules Carly (voir http://www.mettet14-18.be/articles/le-role-laviation-allemande)
Enfin, il s'agit dans ces lignes, d'une exceptionnelle description de la prise du village d'Oret.
A regretter cependant les fausses accusations à l'encontre de l'abbé Berlier et de Camille Bodart décrit comme francs tireurs: témoignage à remettre dans le contexte politique de l'époque visant à aténuer les crimes de guerre allemands d'août 1914. N'oublions pas aussi que le texte est la traduction d'un historique écrit par un officier allemand... donc à la gloire du régiment.

* : Les journaux de marches des régiments français servent la plupart des études historiques, cependant une partie importante des faits des régiments est volontairement passé sous silence surtout en cette période où les français "reculaient" et où il existait un risque que le journal ne tombe dans les mains de l'ennemi, ainsi, par exemple: on n'indiquera pas les moyens de reconnaissance de l'artillerie, ou l'on minimisera voir, modifiera avantageusement certains faits moins glorieux: la déroute d'un régiment sera traduite en écrivant  qu'e celui-ci reçu l'ordre de la retraite. Les erreurs d'un régiment ne sont souvent indiquées que dans le journal de marche du régiment voisin... Nous le voyons, recouper les informations par différentes sources est donc une nécéssité.

 

Quel était ce 92e régiment ?

 Les sources militaires françaises n'évoquent généralement que de façon très vague l'ennemi qu'ils ont en face d'eux. Loin de faire l'apologie des troupes allemandes qui ont commis de nombreux crimes de guerre*, il est néanmoins historiquement nécéssaire un siècle plus tard d'étudier ces unités dont le fameux 92e RI. 

 Le 92e régiment de Brunswick avait déjà combattu en Belgique contre les français presqu'un siècle plus tôt, soit les 16 et 18 juin 1815 lors de la bataille des Quatre Bras et à Waterloo. Un monument se trouve érigé à Genappe en l’honneur des soldats de Bruswick et de leur chef, « le Duc Noir » tué au "Quatre Bras".

6 ans plus tôt, ce régiment s'était exilé en Angleterre où il fit de nombreuses campagnes contre Napoléon, aux côtés des forces britanniques. C'est en signe de deuil car leur pays était sous la coupe de la France qu'ils adoptèrent le célèbre uniforme noir. http://www.elkridgeorchard.com/IR92/history.htm
Le cheval saxon (Sachsenross) et la tête de mort (totenkopf) étaient les emblèmes des troupes du Duché de Brunswick.https://fr.wikipedia.org/wiki/Totenkopf_(insigne)
Cette dernière se retrouvait sur les casques à pointe des soldats ou les colbacks des célèbres hussards de la morts.
Le 22 août, le 92e régiment s’était déjà battu à Roselies où il reçut le baptême du feu. Les pertes du 92e furent très élevées pendant ces premières journées de combat d'août 1914, car l’historique du régiment précise que celui-ci eu autant de morts à déplorer que durant toute la guerre franco-prussienne de 1870-1871.

16 Juin 1815, face au Français, le "Duc Noir" et les soldats de Bruswick,

aux côtés des écossais lors de la bataille des Quatre Bras.

Les soldats du même régiment le 22 août 1914 à Roselies: 

Face au même adversaire, une vingtaine de kilomètres et presqu'un siècle séparent ces 2 combats.

Au même moment, à quelques kilometres, le régiment voisin,

le 77e RI de Hanovre massacre 383 civils innocents à Tamines.

2 batailles et 2 monuments en l'honneur des soldats de Brunswick

Monument Brunswick à Genappe 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Monument_Brunswick_(Genappe)

Le monument Brunswick de Mettet / Devant-Les-Bois 

Il est aujourd'hui remonté dans le cimetière de la ville de Brunwick en Allemagne 

http://www.panoramio.com/photo/107521574

* : Le 92e régiment d'infanterie faisait partie de la 40e brigade et avait pour soeur le 77e RI. Ce sont les soldats de ce dernier régiment qui sous les ordres du colonel Adolf Roques assassineront 383 personnes à Tamines le 22 août 1914 ; un massacre d'une cruauté inouïe, les allemands achevant les civils blessés de coups de baïonnette, de hache, de gourdin, certains malheureux étant même décapités.   

Le caporal de réserve August Lips tué le 23 août 1914 à la Culée

Son nom est gravé sur la face du monument de la Culée

http://www.weltkriegsopfer.de/Kriegsopfer-August-Lips_Soldaten_0_71293.html

 

Unités du Xe coprs (cliquez)

 

Historique du 92e régiment d’infanterie :

23 août 1914 au matin
 

Pour la compréhension du texte, le 92e régiment est subdivisé en 3 bataillons, dans le texte, l’auteur parlera du Leib-bataillon, du 1er bataillon et du 2e bataillon.

Fanion du IIe bataillon du 92e RI et le cheval galopant, vieux symbole de Saxe.

le colonel Schollmeyer, commandant le 92e régiment en août 1914

Il porte le pickelhaube caractéristique du 92e RI avec la célèbre tête de mort ou "totenkopt"

La 40e brigade d’infanterie  se lançe alors en une colonne avec le Leib Bataillon  à l’avant-garde à la poursuite de l’ennemi en direction du sud-est vers Mettet par la route Presles/Vitrival. 

Les nombreux havresacs, vêtements et pièces d’équipement abandonnés attestent du repli précipité des Français, parmi ceux-ci se trouvent encore pas mal de choses utilisables, notamment des conserves. Étant donné le manque de nourriture chaude, elles viennent constituer un complément bienvenu à nos provisions, ajouté à cela, une grande quantité d’œufs, lard, sucre et vin trouvés dans une ferme abandonnée. 
Ce don inattendu avait réveillé le moral des soldats, et c’est dans les meilleures dispositions possibles que la troupe se lance vers à la poursuite de l’ennemi. 
Via Le Roux où quelques zouaves furent encore tirés de leurs repaires et faits prisonniers, la marche se poursuit à la lisière est du Bois du Prince et c’est à 10h20 du matin que le régiment atteint la lisière sud de Devant les Bois.

La tête de la 10e compagnie arrive à la hauteur de la cote 276, au sud du village de Devant-les-bois, (actuellement rue Nouvelle), là, le capitaine von Grone repère une colonne d’artillerie ennemie sur la route de Fraire au sud de Mettet. 
Le général major von Lindequist, chef de la 40e brigade d’infanterie fait passer en premier toute le 46e régiment d'artillerie de campagne. Le 92e régiment d’infanterie vint l’appuyer de son avant-garde. La 9e compagnie reçoit l’ordre d’assurer la protection de l’artillerie à l’avant et sur le flanc gauche : une section prent position immédiatement à côté des batteries (de canons), une section à la sortie sud et une troisième à la sortie nord du village.

 

A 10h30, l’artillerie ennemie ouvre déjà un feu extrêmement nourri sur les batteries qui avaient pris position à découvert sur la cote 276. L’ennemi semblait n’avoir attendu que cet instant. Les autres batteries se mettent en position à l’ouest de la route vers Mettet. Dès ce premier bombardement, le général major von Lindenquist (le commandant de la 40e brigade) est grièvement blessé par des éclats d’obus à la limite sud du village. Le colonel Havenstein, commandant en chef du 46e Régiment d’artillerie de campagne, prend le commandement de la brigade. 

Général von Lindequist Colonel Havenstein

Le feu ennemi s’abat également sur les bois voisins et à 10h50 le colonel Havenstein ordonne la mise en position du 92e Régiment d’infanterie à la limite sud du village et à la lisière du bois au sud-ouest de celui-ci, et du 77e Régiment d’infanterie à l’ouest de Devant le Bois. 
Sur ordre du régiment, le Leib-Bataillon doit se positionner  à la lisière sud et dans le coin du bois en saillie au sud-ouest du village (la Culée), le IIe Bataillon plus à l’ouest de là dans la forêt et le Ier Bataillon doit prendre position sur le chemin forestier au sud-est du village.

Position des 3 bataillons à 11h50. La flèche désigne le lieu-dit de "la Culée" où tombèrent 3 obus au plein milieu des soldats.

Photo du monument érigé par les Allemands à Devant-les-Bois au lieu dit "la Culée" en l'honneur des soldats du 92e RI tués le 23 août

Cliquez pour accéder à l'article sur le cimetière de la Culée à Devant-Les-Bois

Positions des régiments vers 19H00

Les 92e et 77e régiments d'infanterie formant la 40e brigade n'arrivent pas à s'imposer sur le champ de bataille car contrairement aux 2 jours précédent qui furent le baptême du feu des troupes, l'artillerie française s'est ressaisie et est cette fois particulièrement efficace.

Ces mouvements s’effectuent sous le feu nourri des shrapnels et des obus, si bien que le Leib-Bataillon et le IIe Bataillon sont repoussés plus à l’ouest et le village fut évacué. 
Sous les déflagrations des obus qui viennent s’éclater, un vacarme indescriptible retenti : partout ce n’est que sifflements, beuglements, hurlements, des arbres se fendent brusquement et les branches viennent s’écraser sur le sol sous le sifflement mortel des éclats métalliques qui fendent l’air. 
A peine une accalmie, que déjà les hurlements reprennent dans l’air : une volée d’obus cherche sa cible dans le bois. 
Pour la première fois, les nerfs du régiment sont mis à rude épreuve sous ce tir d’artillerie très dense ! Et ce bruit : « boum, crac ». L’instinct de survie se réveille, prenant le dessus sur la panique qui dans de tels moments d’impuissance n’épargne pas, même les plus braves

Les événements dans le bosquet de la Culée :
 

L’épouvante écrase les poitrines et saisit les gorges de sa poigne de fer. Les regards sont pâles et angoissés, ils glissent de l’un à l’autre. Il est 10h50, c’est à ce moment que 3 obus frappent à très bref intervalle la 10e compagnie qui s’était positionnée à la pointe de la forêt au sud-est de Devant les Bois, au sud de la route de Planoy, ces tirs ne font pas moins de 15 morts et 29 blessés (à la Culée).

Une confusion indescriptible s’installe, sous le choc et les cris stridents et déchirants, une panique terrible surgit : les nerfs lâchent, La raison vacille. Saisis d’effroi, tous s’enfuient dans toutes les directions. En vain, le capitaine Von Grone ordonne : « En avant, marche, marche ! » Seuls quelques groupes le suivent, tous les autres s’enfuient précipitamment. Il ordonne au lieutenant Korfes grièvement blessé de rassembler les troupes au nord de la route, pendant que lui-même s’emploie à faire transporter les blessés au village par quelques groupes. Le lieutenant Korfes se replie, essayant en vain de réunir la compagnie autour de lui. Dans les épais sous-bois, ils perdent régulièrement le contact et ce n’est que loin en arrière que le lieutenant baron von Schleinitz réussit au prix de gros efforts à réunir la compagnie. 
Le 1er Bataillon fuit devant le feu en direction du nord-est dans « le Bois Herbier », car ses mouvements avaient été également repérés par l’ennemi. Il se retira jusqu’à la route Fosse-Mettet (route de Philippeville) sans essuyer de pertes. L’artillerie est prise pendant des heures sous un feu très nourri et souffre terriblement. La section Bornstedt de la 9e compagnie, qui se trouvait juste à côté de l’artillerie, se replie plus à l’est dans la forêt, pour ne pas essuyer de pertes inutiles. 
A plusieurs reprises, les compagnies qui se trouvent dans les bois à l’ouest de Devant les Bois, sont contraintes d’éviter le feu de l’artillerie ennemie. Mais où qu’ils prennent la route, les obus les suivent toujours, comme guidé par des mains invisibles, avec une précision incroyable. 
Le soir, l’énigme est enfin résolue. On découvrit un câble qui menait au clocher de l’église de Devant les Bois, et dans ce clocher un sous-officier français des chasseurs à cheval*, dirigeait le feu des batteries françaises par téléphone. Le lieutenant von Unger découvrit également dans un arbre dans la forêt un officier français et quatre hommes qui dirigeaient également le feu des batteries par téléphone. Il les fit prisonniers, à l’exception d’un homme qui cherchait à s’échapper et fut abattu. Dès ce moment le feu ennemi cesse.

{ * : Les cavaliers français du 10e corps étaient des hussards (à l'uniforme très semblable aux chasseurs) ainsi que des chasseurs d'Afrique attachés à la 37e division africaine. Dans notre récit, si les cavaliers étaient en mission de reconnaissance pour l'artillerie, il est fort probable qu'il s'agissait de hussards } 

15H30 : le leib-battaillon et le IIe bataillon part à l’offensive
L’ordre d’attaquer les positions ennemies à la lisière des bois au nord d’Oret et la position française plus avancée ne peut seulement être donné qu’à 15h30.

 

S’appuyant à droite sur le 164e Régiment d’infanterie et à gauche sur le 77e Régiment d’infanterie, le IIe Bataillon et le Leib-Bataillon reçoivent l’ordre d’avancer d’un km au sud-est vers Prée, sur le tronçon « Insebois-route de Biesme, vers Oret » et « Devant les Bois-Le Fayat-Pointe de la forêt », le Leib-Bataillon à la suite du 1er Bataillon avec l’aile droite sur la route « Planoy-Nefzée-Oret ». 
 

Eglise de Devant-Les-bois

A 17h30, le Leib-Bataillon démarre, la 11e compagnie est à droite et la 12e compagnie à gauche, avec des lignes de tireurs clairsemées en éclaireurs.

A 17h45, le IIe Bataillon sorti de la forêt rejoignit l’avancée ; les 6e, 7e et 8e compagnies en première ligne. La 5e compagnie suivait comme régiment de réserve.
 

Le moment si difficile était arrivé : sortir de son abri et d’avancer avec honneur vers un ennemi invisible, dont on ne pouvait estimer la résistance, alors que le danger guettait partout et qu’à chaque instant le destin décidait de la vie ou la mort de chacun. 
Et pourtant, n’est-ce pas un soulagement que de s’extirper du feu des obus sous lequel on avait passé de nombreuses heures sans défense ? Maintenant, en avant, sus à l’ennemi, sautons lui à la gorge et faisons lui payer tous les malheurs qu’il nous a apportés, toutes les victimes qu’il nous a infligées ! Ainsi, une vague après l’autre quitte la lisière de la forêt en une progression rapide pour contourner les tirs d’obus que l’ennemi continue à tirer sur la forêt pour étrangler l’agressivité des troupes. L’avancée se poursuivit presque sans pertes.  Seule la 10e compagnie qui suivait en deuxième ligne essuye à nouveau des pertes dont le chef de section, le vice-adjudant de réserve Renk. 

Rapidement, le IIe Bataillon atteint Biesme, le Leib-Bataillon Planoy, puis Nefzée derrière les régiments voisins, le 164e et le 77e, qui lors de la progression, se mélangent avec les ailes intérieures du régiment. Maintenant, ils grimpent le versant nord de la cote 235 (sud de la rue St Roch à hauteur du carrefour de Nefzée). Depuis Prée et la colline à l’est, partent des tirs apparemment de patrouilles avancées. Des mitrailleuses ennemies causent quelques pertes. Elles semblent être loin en arrière. Leur tac-tac-tac-tac fait un son horrible. 
 

19H00 à hauteur de Prée​

Vers 19h, les bataillons atteignent la ligne approximative de la chapelle à l’est de Gay sur la route La Marchanderie-Prée-Carrière de la cote 235, d’où ils peuvent reconnaître les positions ennemies à la lisière nord de la forêt au nord d’Oret. Ils ouvrent le feu, hausse 1500, mais en raison de l’arrivée de l’obscurité les tirs faiblissent de plus en plus. Le capitaine von Suckow et sa compagnie ont entre-temps progressé sur la route jusqu’au village de Prée, depuis lequel des tirs nourris l’accueillent subitement. La compagnie réussit à se mettre à couvert sur le côté derrière une maison et à se replier à la tombée de la nuit sans pertes jusqu’à la hauteur du IIe Bataillon. Vers 20h, le feu cesse peu à peu sur la ligne. 

Dans l’obscurité, le capitaine von Frobel tombe dans une carrière et se blesse gravement au point qu’il doit céder la direction de sa compagnie au lieutenant Reinecke. Harassées, les compagnies du IIe Bataillon et du Leib-Bataillon cherchent un abri pour la nuit dans les tranchées creusées à la cote 235, les réserves en arrière cherchent protection derrière des meules de foin. Inutile de penser à acheminer du ravitaillement.

 

Hameau du Gay entre Prée et Biesme Le capitaine von Frobel

 

Le 1er bataillon qui était resté en arrière
17H20
Le 1er Bataillon qui se trouvait derrière la section du 77e Régiment d’infanterie dans le Bois Herbier avait à 17h20 reçu l’ordre de suivre en décalé sur la droite l’attaque du 77e Régiment d’infanterie et après de rejoindre pour la suite le 92e Régiment. Pour éviter des pertes, étant donné le feu d’artillerie nourri qui continuait sur Devant les Bois et les bois aux alentours, les troupes marchèrent d’abord en direction du nord-ouest dans le Bois du Prince. Elles avançaient en colonne sur d’étroits sentiers forestiers. La progression était lente. 
Durant cette marche, le 1er Bataillon reçut de l’arrière l’ordre du commandant de brigade de faire immédiatement demi-tour avec toute l’infanterie disponible pour couvrir l’artillerie, car un assaut de l’ennemi était imminent. La compagnie de mitrailleuses du 77e Regiment d’infanterie était déjà en marche vers cet endroit. La 1ère et la 2e compagnie firent immédiatement demi-tour et se précipitèrent vers devant les Bois en partie au pas de course après s’être débarrassées des paquetages.
La compagnie de mitrailleuse du 92e régiment fit faire également demi-tour à leurs charrois avec beaucoup de difficulté. Elle fila devant les compagnies de l'artillerie dans la direction commandée.
A l'arrivée des unités,  la 9e compagnie, était déjà en protection de l'artillerie, en position "au sud est" de devant des bois. Le Lieutenant von Cornberg  dirigait, le commandement.
Une partie de la protection de la 1 et de la 2e compagnie étaient en position tandis que les réserves qui étaient sous le commandement des lieutenants von Kotze et von kampe étaient en arrêt dans le village, la ligne de tir était sous le commandement du Lieutenant von Unger
la compagnie de mitrailleuse du 92e régiment parti en protection près de la 6e batterie du 46e régiment d’artillerie à hauteur de la cote 276. 
Cependant l’attaque redoutée n’eu pas lieu.
Les artilleurs étaient sur les nerfs car des Chasseurs à cheval ennemis ayant mis pied à terre, harcèlaient par surprise, de coups de feu, les flancs en mouvement des troupes d’artillerie. C’est de cette unité que semblait appartenir le caporal, qui fut surpris dans le clocher du village.

Les 19e et 20e divisions françaises comprenaient chacune 1 escadron du 10e hussards. Comme signalé dans cet historique, ces cavaliers étaient chargés de missions diverses

Estimant improbable qu'une menace sur l'artillerie pourrait être  réalisée par l'infanterie ennemie le capitaine von Bismarck accompagné des 3e et 4e compagnies continuèrent leur avance vers l’ennemi.
Ces deux compagnie atteignent ensembles vers 19 heure 30 la pointe sud du "bois Grand Frechi" et ont rencontré vers 21 heures 30, sans perte, le "leib-Bataillon ".
Quelques unités de la 9.compagnie se retrouvent là aussi pendant la nuit, elles sont subordonnées à la 10e compagnie tandis que le capitaine Von Loch marchant dans l'obscurité de la nuit, se retrouve trop loin avec la partie principale de la compagnie, sur leur aile droite se trouvent le 164e régiment d'infanterie.
Le 1.battaillon qui avait avait quant à lui put être alimentés grâce aux cuisines de campagne dans le Bois Herbier (Devant-Les-Bois).
Une fois de plus, les ombres de la nuit tombent sur le champ de bataille.
On constate des résistances dans les villages aux alentours, ceux-ci sont en flammes. De Devant-les-Bois on observe les incendies avec leurs flammes dévorantes montant vers le ciel calme et rempli d’étoiles. Lors de cette nuit,  le corps et l'esprit des soldats trouvent un peu de paix
Néanmoins, les gémissements des blessés, amis et ennemis,  tombés entre les lignes, brisent avec effroi le silence de la nuit. En sanglots, ces malheureux, déchirés par des douleurs dévorantes, implorent de l’eau ou de l’aide. Ces plaintes émouvantes montent et descendent, se prolongent pour progressivement s’éteindre. Parfois soudainement, retenti un hurlement violent. Ces lamentations secouent à plusieurs reprises les âmes des soldats. Mais qui pourrait pénétrer dans cette zone, pour ramener les blessés vers l'arrière où chaque mouvement pourrait relancer à nouveau le feu de l'ennemi et apporter de nouvelles pertes ?
La troupe elle-même est fortement épuisée et le repos est nécessaire afin de récupérer des forces pour la poursuite de l'attaque.

Le 24 aout:

Le 24 août, c’est aux petites heures du matin que le signal du réveil est donné. La tâche est difficile, les soldats exténués voulaient dormir et certains doivent être réveillés par la force car à ce moment, il n’est plus temps de sommeiller. Les membres sont comme du plomb et l’estomac est vide. De nouveau, un petit morceau de pain et un verre d’eau remplaçant le café du matin. l'ordre est donné de déloger l'ennemi de leurs tranchées. Nos compagnies sont occupées à des postes de première ligne. Déjà à 5 heures du matin, l'artillerie ennemie ouvre le feu et leur infanterie a fait quelques attaques audacieuses sur les tranchées,  mais heureusement, le tir des turcos et des zouaves étaient mal réglé et inefficaces.

A Prée des turcos fuient en hâte et disparaissent par le fond du hameau vers le ruisseau.
A l'aube, la compagnie de mitrailleuse du 92e sous les ordres du capitaine Mafius, ainsi que la compagnie de mitrailleuses du 77e régiment d'infanterie se mettent en position près de la carrière de pierre, au niveau 235 et ouvrent le feu avec un succès visible sur les tranchées ennemies. Les tirs de l’artillerie ennemie viennent de s’arrêter.
Une batterie lourde de l’artillerie de la Garde avait détruit la batterie « Rimailho » française.

La veille le 46e régiment d’artillerie de campagne avait subi des pertes sévères, ainsi à 6 heure 30 matin (profitant de l’accalmie) le régiment d’artillerie change de position et monte derrière la cote 235, d'où elle pilonne les positions ennemies entre les coins de la forêt au nord d’Oret avec la hausse réglée entre 1400 et 1500 mètres.

L’impression se renforce de plus en plus que l'ennemi ne combat maintenant que pour assurer sa retraite, par conséquent, l'ordre d'attaque est donné.
Les compagnies ont participé : 
Le 1er  bataillon avance avec le 3e Compagnie, le 2e bataillon et d’autres compagnies qui ont suivi dont une unité de réserve. Les soldats descendent la pente dans les sauts rapides, 
Marchant en fusiller, les fantassins sont maintenant à 600m au sud de nos premières positions. Les coups de feu éclatent clairement « tak-tak-tak »  les combattants foncent joyeusement en avant. Malgré la faim et la soif sous le soleil de plomb, tous se ruèrent à travers les champs de céréales et de betteraves.
Arrivé au bas d’un champ de maïs, le capitaine von Suckow est grièvement blessé.
Il est difficile pour la compagnie d’aller plus loin : des Turcos font feu d’une maison sur la route de Oret.
Mais bientôt ils soulèvent en l’air leurs armes où est attaché un chiffon en signe de reddition. La 8e compagnie fait 39 hommes prisonniers.​

Photo exceptionnelle prise le 24 août à Oret : rassemblement de soldat de la 3e compagnie du 92e régiment après les combats

A l'avant gauche, le Lieutenant von Unger avec au centre des prisonniers algériens.

Le soldat Albert Grill tué le 24 août 1914 à Oret

 

http://www.weltkriegsopfer.de/Kriegsopfer-Albert-Grill_Soldaten_0_86921....

Le sous-officier Kurt Köningdorf tué le 24 août 1914 à Oret 

http://www.weltkriegsopfer.de/Kriegsopfer-Memorial--K%C3%B6nigsdorf_Sold...

Le soldat Gustav Märtens tué le 24 août 1914 à Oret

http://www.weltkriegsopfer.de/Kriegsopfer-Memorial--M%C3%A4rtens_Soldate...

 

Notre ligne d'attaque se trouve maintenant à 250 mètres environ des ennemis. A notre gauche se trouve le 77e régiment d'infanterie, par la suite, la Garde entrera dans la lutte. A droite le 164e régiment d'infanterie avance irrésistiblement.
On ordonne : Baïonnette au canon ! baionnet  pflanzt auf ! 

Soldat du 92e régiment, baïonnette au canon

L’ennemi semble avoir perdu la partie et les tirs ne retentissent plus que de façon sporadique
Le fusil d'assaut à droite meurtrissant ses os, ce fut l'attaque, comme l’avait tant rêvé et attendu le soldat et chacun voulait être le premier sur l'ennemi.
Le moment est venu où vous voulez voir dans cette lutte d’homme à homme, le blanc de l'œil de l'ennemi, où la colère déformant les visages, l’ivresse est dans le sang, faisant éclater fiévreusement la volonté de tuer.
Les chefs sont loin en avant. Le feu hostile renaît de nouveau mais en de nombreux endroits, des flots de turcos font marche arrière. Deux officiers essaient en vain avec les bras tendus de les arrêter. Ces officiers ne veulent pas de survivre à la honte d’être prisonnier et tombent héroïquement.
Le sous-officier Koenigsdorff  va de l'avant et tombe à son tour. Un instant plus tard, une balle met fin à la vie du Lieutenant Constabel, chef de la 3e compagnie : la colère s’accroit à nouveau

http://translate.google.be/translate?hl=fr&sl=de&u=http://www.weltkriegs...
le sous-officier Weichmann, 5.compagnie, va de l'avant, et plonge dans une tranchée au milieu des turcos qui déjà essayent de l’abattre. 
Deux obus explosent à droite et à gauche, dans la tranchée. Nous avons un excellent soutiens de l’attaque par notre artillerie jusqu’au bout
Analysant rapidement la situation, le sous-officier "Wiechmann" se jette en dehors de la tranchée.
Des Minutes d'angoisse passent.  

Sur la ligne de front toute entière, l’ordre retentit : 
- Fällt das gewehr ! (armes en position de combat), 
- Marche-marche, hourra!!

Les Turcos se rendent. 36 soldats tombent entre les mains de l’adjudant Lüttge. Lüttge et l’adjudant de la section Arnecke.
La 6e  compagnie attaque une tranchée occupée par 40 Turcos. Un Turcos se trouve à trois pas du Lieutenant Reinecke de la 7e  compagnie. Il lui met en joue avec son fusil. Le lieutenant sabre en avant l’envoie dans l'au-delà.
Coriace comme des chats, les Turcos se défendent par endroit, avec toute la férocité de leur sang africain, jusqu'au dernier homme. 
Toutefois, en de nombreux endroits, ils mettent les mains en l’air, ébranlés par l'impact des précédents tirs d'artillerie
Les tranchées sont remplies de mort, notamment le ravin sur la route d’Oret qui est un champ de cadavres

Dans la 3e Compagnie se sont caractérisés : le sergent «Bosse», le caporal "Römer" et le réserviste « Mener ». 

Le 1er bataillon est parti en tête derrière le capitaine von Bismarck avec la bannière déroulée.
L'un des deux officiers français, celui qui avait essayé d’arrêter les Turcos, était agonisant, l'autre était déjà mort
Il lui dit : "vous êtes un brave officier" après quoi il lui a serré sa main qui était déjà froide et découvert comment les officiers français meurent héroïquement
l'ennemi a disparu quelques instant plus tôt, dans des massifs forestiers avant l’arrivée du leib-bbataillon  
et ne découvre maintenant qu’une faible résistance.
Le réserviste Güssow, qui s’était fait remarquer à Roselies, y mourut ici en héros.
Dans leur fuite, les turcos sont chassés hors de la limite sud de la forêt en avant, en direction Oret
Au nord-ouest d’Oret un violent incendie à la hauteur du lieu-dit "les croisettes" les accueillit
Le Capitaine von Losch, lui-même blessé, certaines parties du régiment d'infanterie du 79e, 164e et également 77e se sont réunis en un groupe d’environ 150 hommes et défait l'ennemi en retraite

Le régiment a poursuivi les ennemis jusqu'à un chemin creux (ou un ravin) au sud, à Corroy où les turcos étaient fauchés par les hauts tirs d'artillerie. Ensuite, nous les avons capturés.
Puis l'ordre est donné aux troupes allemandes de se rassembler au sud-ouest Oret,

Les soldats du 2e, 3e, 6e et 7e tirailleurs algériens feront face aux allemands pour protèger la retraite du 10e corps.

Sur la photo, les drapeaux du 6e et 7e tirailleurs algériens devant ces soldats redoutables. Ce cliché fut pris en Afrique. A la mobilisation, ces troupes africaines durent être levées à la hâte, ce qui explique que 1 bataillon du 7e tir complétait le 3e tirailleurs, idem pour un bataillon du 6e tir qui remforçait le 2e tirailleurs.

lien vers l'article "Les tirailleurs algériens lors des combats d'août 1914"

http://www.mettet14-18.be/articles/les-tirailleurs-algeriens-lors-des-co...

Les turcos nous tiraillent soudainement d'une carrière. 

Deux Compagnies vont à l’assaut et c’est à la baïonnette que l’on extermine les Turcos 


Plus de 300 turcos et  zouaves non blessés déposent les armes. Le nombre de turcos blessés était énorme.
Aux environs de ces soldats tombé, le régiment pris possession d’un poste de secours fortement occupé situé à Oret.
Trois mitrailleuses ont été capturées.

Dans la nuit du 23 au 24, l'ennemi avait effectivement entamé la retraite. Les turcos furent laissés en arrière pour protéger l’évacuation française,  et durent se résoudre à se sacrifier avec honneur.
Les Turcos ont imaginé leur destin différemment : ils ne voulaient pas être prisonniers en terre allemande.

Même pendant ces jours, l'ennemi était  servi par des espions. A Oret se trouvaient un prêtre et un autre homme qui avaient été arrêtés. Dans la maison de l'homme d’église, un soldat de la 3e compagnie avait été abattu. On trouva chez le prêtre deux pistolets ; Les deux civils ont été fusillés sur les ordres du colonel Havenstein, le commandant de la Brigade.

l'abbé Berlier

Cliquez pour découvrir l'article sur le meurtre de l'abbé Berlier

Dans cet historique du régiment, il apparait sans le moindre doute que les informations concernant l’abbé Berlier , le prêtre soit-disant franc-tireur,  ainsi que Camille Bodart, son malheureux compagnon d’infortune, sont totalement fausses.

Aujourd’hui, même les journalistes et historiens allemands  pointent un acte criminel militairement inutile, il appuie une responsabilité d'ordre politique et une propagande décrite comme “complètement insensée”. L'implication du haut-commandement dans ces deux meurtres atténuant ainsi la responsabilité des soldats du 92e régiment.

http://www.braunschweig-spiegel.de/index.php/politik-2/kultur/5143-pries...

Les pertes du 92e régiment, les 23 et 24 août se sont élevées à 6 officiers et 172 soldats, morts ou hors de combat. 
La 10e compagnie avait  19 tués, blessés ou disparus :
Le lieutenant Constable était tué, les capitaines von Sukow, von Losch, le lieutenant Korfes et le lieutenant de réserve Müller ont été blessés
Lors de sa chute, le capitaine "de von Frobel" fut grièvement blessé.
Le capitaine von Suckow est décédé dans sa maison est après une longue maladie suite de sa grave blessure
Comme Roselies,  Devant-Les-Bois et Oret furent des jours de bataille glorieux dans l’histoire du régiment.
Malgré les efforts importants, le manque de nourriture, surtout de pain, et de passer pendant les deux nuits sur le champ de bataille, le régiment avait obtenu un grand succès.
Les cuisines de campagne  approchèrent et nous cassèrent la croute à 4 heures de l’après-midi, 
Le régiment a continué la poursuite de l'ennemi en fuite dans direction du sud-ouest
Nous avons continué la marche sur la "route de Fraire".  Arrivé à Fraire, vers 18 heures nous avons établi notre bivouac.

Cliquez ici pour consulter l'étude concernant la bataille de Wagnée: http://www.mettet14-18.be/recits/livre-2-les-combats-wagnee-et-doret-les...

 

 

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